• Jérôme Simian

Force et musculation

' Tu veux être fort ou soulever des grosses barres ?'

Le semblant de contradiction clairement affiché dans la phrase provoque la plupart du temps chez mon interlocuteur un regard mêlant perplexité, étonnement et un peu de méfiance, surtout si celui ci est de sexe masculin et pratiquant un sport ou la force est perçue comme un facteur de performance important. Même si mon intention est de choquer quelque peu, la déclaration est d'un sérieux absolu.

J'entends souvent dire que je suis le type qui ne fait pas faire de musculation - affirmation quelque peu inexacte - de la part d'observateurs qui s'étonnent, par exemple, de l'absence patente de mouvements d'haltérophilie dans un programme destiné à une lanceuse de disque. Ce qui est vrai en revanche, est que je ne m'impose pas d'obligation de moyens seulement de résultats. Parfois je juge l'utilisation de poids et haltères pertinente parfois non ou parfois un moyen plus riche existe.

Examinons la force en sport. La définition suivante n'engage que moi et est ouverte à débat comme toutes mes opinions. Cependant je pense que l'on peut être d'accord sur le fait que la qualité de force est celle de produire des tensions importantes que ce soit au niveau d'un groupe musculaire , d'une fibre isolée in vitro ou d'un système organique entier, de produire une force au sens physique du terme, une quantité qui se mesure en Newton. Cette production connaît souvent de multiples contraintes en sport. Par exemple, l'athlète ne jouit que d'un temps déterminé pour la produire. Elle doit être produite dans des directions et des sens bien précis pour que le geste soit couronné de succès etc... La force est toujours dépendante d'un contexte spécifique

Parfois les barres et haltères se prêtent à l'amélioration de ces qualités motrices et parfois moins. L'utilisation de ces outils semble être devenu le passage obligé et presque synonyme de préparation physique dans la plupart des sports où la puissance est un facteur. Mais le système nerveux ne distingue pas des forces qui lui sont imposées par une barre ou par le sol ou un adversaire. Ainsi on semble aussi souvent oublier que la pratique de la musculation est une spécialisation en soit.

Grossièrement parlant, le système nerveux réarrange les schémas neuronaux afin d'être plus efficace pour effectuer la tâche qui lui est demandée de façon éventuellement répétitive. L'espoir est que les adaptations ainsi provoquées par la pratique du 'soulevé de barres' se transfèrent positivement sur la tâche spécifique. Espoir seulement, car bien souvent, les gains en musculation n'ont que peu d'effet sur la performance sportive. En sport, on développe des qualités motrices. Cette différence avec le culturisme est très importante.

Les 'qualités physiques' n'ont de sens qu'au sein de schémas moteurs et ce n'est pas parce qu'un athlète progresse dans l'exécution d'un exercice consistant à soulever une barre ou haltère lourde- donc logiquement montrant une augmentation de la force, non ?- qu'il montrera des qualités de force accrues dans sa tâche spécifique. Les moyens employés doivent être choisis non en fonction du matériel à disposition ou de la tradition, mais des adaptations qu'ils créent et si ces dernières sont immédiatement favorables au geste sportif.

Quel critères dans les choix des moyens ?

Le choix des moyens sont guidés avant tout par les besoins de la structure neuromusculaire tout d'abord d'un point de vue général.

Certain schémas de mouvement ou chaines musculaires peuvent connaitre des déficiences locales qui doivent êtres évaluées en terme anatomique, métabolique et de coordination. La connaissance de l'influence de ces schémas dans la pratique spécifique guidera l'intervention.

Cette intervention tiendra compte de la qualités des forces mises en jeu dans le sport ( temps imparti, directions, sens, pic, amplitude, mises en jeux de chaines et schémas basiques etc...)

Est-ce à dire que le renforcement se doit d'être extrêmement spécifique? La réponse est non. Car seule la pratique sportive est spécifique. L'expression de ces qualités de force est bien souvent soumises à des pré-requis de capacité de mouvement et de coordination qui sont les vrais clés du transfert de la préparation physique générale sur le spécifique. la pratique spécifique s'en trouvant améliorée très rapidement.

Oui dans ma salle on soulève des barres. Ce n'est cependant pas forcément le premier et seul outil que l'on utilise.

C'est là que ça se gagne!

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